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Gérardmer ou la Perle des Vosges

Gérardmer

Le Lac de Gérardmer sous son manteau d'hiver (Crédits photo : Joseph ADAMO pour le Groupe BLE Lorraine)

Si vous arrivez à Gérardmer et que vous voulez vous attirer les faveurs des autochtones, commencez par bien prononcer le toponyme. Oubliez « Gérardmère » et dites impérativement « Gérardmé ». Si possible, en appuyant bien sur le A … Le nom en effet vient du lorrain « Gérard maix » et signifie le « Domaine de Gérard ». De quel Gérard ? Impossible à dire.

Certains historiens ont pensé à Gérard d’Alsace, le premier duc héréditaire de Lorraine. Mais rien n’est sûr. Enfin, si vous avez peur d’oublier cette petite leçon de prononciation, vous pouvez toujours désigner la ville sous l’élégante expression, due à la plume d’Abel Hugo, le frère de Victor, de « Perle des Vosges ». Car il faut bien dire que la bourgade, sagement posée entre un lac aux eaux cristallines et les sommets vosgiens que l’hiver recouvre de neige est un véritable petit bijou pour la région.

« Perle des Vosges », Gérardmer ne l’est toutefois devenue que sur le tard. Pendant des siècles en effet, le village, qui ne comptait que quelques centaines d’âmes à peine, survivait au fond de sa vallée en cultivant quelques minces champs de blé et en produisant un fromage odorant, le fameux gérômé, cousin lorrain du munster.

Ce n’est qu’en 1878 que la bourgade va prendre un premier essor. Cette année-là, en effet, le train arrive à Gérardmer. Une gare-terminus, certes, mais qui va désenclaver la commune en lui attirant des touristes, en mal de grand air et de randonnées pédestres. En 1897, la création d’un tramway reliant Gérardmer au Col de la Schlucht et au sommet du Hohneck dynamise encore un peu plus la ville. Les voyageurs se pressent sur les rives du lac. Pour les accueillir, on construit des hôtels, des restaurants et d’élégantes villas. La ville, bien que située aux portes de l’Alsace, donc du Reich, devient la destination à la mode. On y vient faire une cure d’air pur. On se promène en barque, sur le lac. Les plus courageux partent à l’assaut de la montagne et de sa nature préservée qui, ici, sont à portée de main.

Le tramway de Remiremont à Gérardmer le long de la rive gauche du Lac de Gérardmer, vers 1910

A la veille de la Première Guerre mondiale, Gérardmer voit se développer le tourisme hivernal. Les sports de glisse attirent une nouvelle clientèle, pour laquelle on va vite créer de nouveaux aménagements. Station réputée, Gérardmer est candidate pour accueillir les premiers Jeux Olympiques d’hiver de 1924 ! Grandement endommagée durant la Seconde Guerre mondiale, la ville va néanmoins renaître de ses cendres et continuer à attirer les touristes, en n’hésitant pas à se mettre en scène.

Car Gérardmer, c’est aussi est avant tout une ville qui vit au rythme des saisons. Depuis 1935, la ville organise, les années impaires seulement, la célèbre Fête des Jonquilles. Particulièrement courue, celle-ci fait défiler dans les rues de la ville un corso fleuri qui met à l’honneur la petite fleur jaune, emblème des Hautes-Vosges et parmi lequel trône la Reine des Jonquilles, qui passe pour être la plus belle Gérômoise du moment. Lieu de villégiature prisé des Lorrains durant la période estivale, Gérardmer se transforme, dès les premiers flocons, en une petite station de sports d’hiver, à l’ambiance décontractée et familiale.

Plage et baignade en été au Lac de Gérardmer (Crédits photo : Thomas RIBOULET pour le Groupe BLE Lorraine)

Et puis … et puis il y a, à Gérardmer, à la fin du mois de janvier, le fameux festival du film fantastique ! Depuis 1994 en effet, la Perle des Vosges accueille chaque année les pontes du cinéma fantastique. Longtemps désigné sous le nom de Fantastic’arts, le festival est surtout l’occasion de décerner sept prix, destinés à récompenser les acteurs ou les réalisateurs qui auront fait frissonner le plus.

Le cinéma fait vibrer Gérardmer chaque année (Crédits photo : festival international du film fantastique de Gérardmer)

Car la Lorraine, on ne le sait pas assez, entretient une véritable histoire d’amour avec le cinéma. Ses sombres forêts, ses villages préservés et son histoire chahutée en font un décor tout trouvé pour nombre de réalisateurs. Qui se souvient par exemple des Grandes Gueules, avec Bourvil et Ventura, film de Robert Enrico, datant de 1965 et qui évoque le travail des bûcherons et des schlitteurs vosgiens ? Ou encore des Rivières Pourpres 2, qui évoque le trésor de Lothaire, enfoui quelque part dans les casemates de la Ligne Maginot ?

Parce qu’elle sait faire son cinéma, la région accueille également plusieurs festivals cinématographiques. Citons, par exemple, le festival du film italien, qui se tient chaque année à Villerupt depuis 1976. Ou le festival du film arabe de Fameck. Ou encore celui du film rural, qui permet à Ville-sur-Yron, un joli petit village du Jarnisy, d’accueillir chaque année, au mois de mai, quelques réalisateurs militants et toujours prompts à nous faire porter un regard neuf sur nos campagnes.

Le cinéma et la Lorraine, une histoire méconnue, et pourtant si bien expliquée à Saint-Nicolas-de-Port, au Musée régional du cinéma. Un autre lieu, à visiter, sur le chemin qui nous ramènera de Gérardmer. L’occasion, peut-être, de se faire une toile. Voire de susciter de nouvelles vocations. Allez, moteur … Action !

Rédigé par Kévin GOEURIOT

Historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

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