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La vie des champs pendant et après la guerre en Moselle-Est

La vie des champs pendant et après la guerre en Moselle-Est
Crédits Photo : autorisations de travail sous l’occupation allemande puis à l'arrivée des troupes américaines en Lorraine (Gaston THIEL pour le Groupe BLE Lorraine)

Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un démocide, c’est un processus morbide de très forte régression démographique, voire même de disparition d’une population humaine ou animale, en raison par exemple d’une famine, d’une épidémie, d’une guerre ou encore d’une chute de la fécondité. Pour ce qui est du dernier grand « dérangement » des habitants de Moselle-Est, ce fut pendant la Guerre de 1939-1845, appelée également la Seconde Guerre mondiale.

Ma mère qui a vécu cela m’a raconté qu’elle avait été déportée dans la Vienne comme beaucoup d’autres personnes de cette génération car on ne voulait pas être aux premières loges quand l’ennemi passerait la frontière proche. Puis, quand les troupes allemandes furent installées en France, les habitants sont revenus repeupler le village.

Mon grand-oncle qui était cultivateur à cette époque avait, comme bien d’autres hommes du village, une paire de chevaux de trait et il travaillait durement pour cultiver la terre. Ce n’était pas comme de nos jours où il suffit de se mettre assis sur son tracteur et de passer des heures derrière un volant. A cette époque, il fallait charger sur la charrette le fumier qui était soigneusement entassé jour après jour. Puis, en automne, le répandre dans les champs, afin d’apporter des déchets organiques à la terre. Le fumier étant une matière issue des déjections d’animaux mélangé à la litière. Il fumait en hiver et était utilisé comme fertilisant pour la terre, pour l’enrichir. D’ailleurs, en Lorraine, la richesse d’une famille se mesurait autrefois à la hauteur du fumier qui se trouvait généralement devant la travée de l’étable. Puis, à la sortie de l’hiver, il fallait labourer les champs en marchand péniblement derrière la charrue en la maintenant bien en équilibre et en s’assurant que les sillons soient bien droits pour ne pas attiser les moqueries des autres qui auraient dit qu’on ne savait pas la mener convenablement.

La maison typique du cultivateur, parfois appelé péjorativement cultivateur du fumier dans les villages, avait généralement trois travées. L’une était réservée au logement de la famille. La grange ne possédait quant à elle pas de plafond et communiquait avec le grenier à foin. Bien entendu à cette époque on n’achetait pas de lait UHT en briques mais le lait encore chaud directement tiré du pis de la vache. Notre instituteur nous racontait volontiers qu’alors quand on menait les vaches à la pâture d’automne, l’herbe était si verte que les vaches pissaient du lait.

En automne, on allait également distiller le Schnaps. L’hiver, ce breuvage réchauffait les hommes qui allaient couper des fagots pour allumer la cuisinière tous les matins, ainsi que du bois pour alimenter cette cuisinière qui servait autant à réchauffer la salle commune que pour préparer les repas.

Je me souviens qu’au début des années cinquante, nous allions en automne jouer dans les prés et nous jouions avec des frondes pour viser les pommes sur l’arbre. Ces frondes était fabriquées avec une branche fourchue, un bout de cuir découpé dans une vieille chaussure et un joint de verre de conserve, le tout fixé avec du fil servant à commander à distance les explosifs de la mine. Puis, nous enfoncions ces pommes dans une baguette souple et c’était à celui qui la balançait le plus loin.

Cette période est bien entendu révolue mais il en reste des souvenirs comme ces deux autorisations de travail de mon grand oncle sous l’occupation allemande puis à la période qui a suivi la venue de l’armée américaine.

***

Fo déi vo nét véssen vatt en Gréich és. Das és en grauliche seit vo fiel Leit oder Féi féschwénden. zum Beispielll von Hounga, von Grankhèten, Fonichtungen oder van wénich Kénna of de Welt kommen. Also di lètchte grosse “Schtéroung” watt die Leit von da Mosel entlang de Grènz aléft han dat voa da Gréich von 1939 bis 1945, also der Zveite Weltgréich.

Mein Mam hat dat erléft. Oun déi hat ma fèasélt dat se én de Vienne gechekt vort és wi fill annar Leit von déa Zeit. Mann vell doch nét an da érchte Schtèll sén wan da Feint kommt iver de Grèntz. Und wo mol die daitche Soldaten gout énschtaléart voren én Frankreich da sén di Lait fom Dorf nomol srék kom.

Mein gross Ounkel der vor Bauer én der Zeit aunt er hot en paar Perde und hat meisam geschaft fo sein Land se ferchaffen. Ett voar nét wi haout vo man sich of de Traktor setzt und de ganzen dach hennem Schteiarad fopast. Zur dea Zeit hatt ma de Mécht of de Won gelad den ma jeden Dach of getesselt hat.aunt ém Hervecht hatt ma de Mécht ént Schték gefar foa de Boden se ereicharn. De Mécht és von Scheisser aunt Schtroh of getesselt vort aunt hat ém Wénter gedaimt, dat voa en seichen datt ès gout ést fo de boden absebèssern. Also tzou dea seit hatt ma di Reicheit von eina Famil durch den grossen Mécht geschaetzt der am mèchten voram Schtall voa. Und wann de Wéntar ball fertig voa hatt mann michten mém Blauour durch de Schtékar fahren aunt se gleichmaisich greifen fo ès da graven gut richt lèft. Mann hatt yo nét wéllen han dat di annar Leit san dat ma noch nétt faihig és de Blauouch se fahren.

Der Besétzer fom Bauernhaus hat man manchmol Mechtbauer fonaimt. Dat Bauernhaus hat maichten drei vochidenen Dieren. Die erchte dir vor fo én de Vohnung se gén, di zoaite voa de Schiar di hot kèn dèken aunt voa direct mét em Fauderschpeicher forbaun. Natirlich hot man zou der seit kèn Mélch én carton ferpackt ava de Mélch komt direct von da tet fèn da kauou noch warm.

Auouser Scholmèchter hat auous géa ferzélt va man di Kei ém Hervescht én de Wisen gedréift hat, da voa dat Grass so gréin dat die Kei Melich gepisst han. Em Hervescht hat ma ébenfals de Schnaps gebrant aunt ém wénta hat dat den Holshauer gout gemach. Di Reisa vo di Maina ém vénter gemach han hat man mischten han for de Kichenoven on se machen jéden morjen. Und dat Hols hat man gebraucht for dat wohnzemmer se heitzen und fo dat essen zu kochen.

Ich arénan mich noch an di fochzija joren wan ma ém Hervecht én de Wisen geschpilt han mét de Schleida aunt di aipel fon de Baim geschoss han. Die Scleida voren mét en glenen aichtchin déa vi en Ypsilon ausgesin hat aunt aun en glèn stéck Léda vo ma én alte schauou ausgeschnit hat und en goumi fom Enkochglass und dat alles mit Schéisdroht fècht gemach. Déa Schéisdrot han di Grauouvenarbeita gebraucht fo de Kollen se schéissen én da Grauou.

Van die Zeit schon lang fogess és, Di aréneroungen bleiven ava noch, wie zum Beispiel di zwei Arbeitsgenéhmijungen von meinem gross Ounkel im Gréich mét daitchen Ausweis aunt vo déa Gréich fertich voa, mét américanicher Genémijung.

Gaston THIEL, amoureux des langues régionales de Lorraine, pour le Groupe BLE Lorraine.

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