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Quatrième Semaine mondiale pour le bon usage des antibiotiques en Lorraine

Quatrième Semaine mondiale pour le bon usage des antibiotiques en Lorraine

Malgré de nombreuses campagnes de sensibilisation, notamment en 2002 avec « Les antibiotiques, c’est pas automatique », les Français sont toujours d’importants consommateurs d’antibiotiques. Ils se situent en la matière au troisième rang européen. Dans le cadre de la Semaine mondiale pour le bon usage des antibiotiques, qui se déroule du 12 au 18 novembre, et avant la Journée européenne d’information sur les antibiotiques qui a lieu ce dimanche 18 novembre, Jacques Birgé, médecin généraliste depuis près de quarante ans à Boulay-Moselle et Vice-président d’AntibioEst, témoigne de son combat. Sensibilisation, pédagogie et dialogue en sont les maîtres-mots.

Le premier antibiotique, la pénicilline, a été découvert en 1928 par Alexandre Fleming. Un antibiotique, c’est quoi ? Un médicament utilisé pour détruire des bactéries responsables d’infections. Pourquoi en abuse-t-on en France ? Encore trop automatiques, ils n’ont aucune efficacité sur les virus ou les champignons. Cela fait des décennies que Jacques Birgé explique et explique encore à ses confrères et à ses patients le bon usage des antibiotiques et les dangers d’en abuser. Médecin généraliste à Boulay, fondateur et Vice-président d’AntibioEst, directeur de thèses, il enseigne aussi à la Faculté de Médecine de Nancy. Le Docteur Birgé nous livre son diagnostic à l’occasion de la Semaine mondiale pour le bon usage des antibiotiques.

BLE Lorraine : Quels sont les objectifs de cette onzième Journée européenne d’information sur les antibiotiques ?

Jacques Birgé : « Sensibiliser la population et les médecins au bon usage des antibiotiques pour préserver leur efficacité. Le levier « patients » est important : le médecin a parfois l’impression – à tort ou à raison – qu’ils viennent chercher des antibiotiques. Mais l’intérêt de ces derniers et l’absence d’utilité dans un grand nombre de situations doivent être expliqués. Ce n’est pas une question de génération mais un problème d’éducation des patients par leur médecin, de bonnes habitudes à prendre. La réponse à n’importe quelle infection ou événement fébrile ne se traduit pas obligatoirement par la prescription d’antibiotiques. Quand on explique au patient que son infection, bronchite, rhinopharyngite ou angine (à test négatif) est due à un virus, 80 % des cas rencontrés en médecine de ville, c’est à dire en dehors de l’hôpital, elle guérit toute seule. »

BLE Lorraine : Quelles sont les conséquences de cette surconsommation d’antibiotiques ?

JB : « Cette sur-prescription d’antibiotiques génère une résistance, l’antibiorésistance. Les patients deviennent porteurs de germes multi-résistants appelés bactéries multi-résistantes. C’est dommageable aussi pour leur environnement puisqu’ils transmettent ces bactéries redoutables. On voit maintenant, y compris à l’hôpital, des bactéries qui résistent à tout. Et pire encore, des patients mourir d’infection bactérienne qu’on ne sait plus soigner, faute d’antibiotiques nouveaux. Cette résistance aux antibiotiques est l’un des grands enjeux de santé publique à l’échelle mondiale. Certaines maladies peuvent devenir difficiles à traiter : tuberculose, pneumonie, septicémie, etc. L’antibiorésistance entraîne une prolongation des hospitalisations, une augmentation des dépenses de santé et une hausse de la mortalité. Par rapport à la France, les Pays-Bas consomment trois fois moins d’antibiotiques par habitant, l’Allemagne et l’Angleterre 2 fois moins. Moins on consomme d’antibiotiques, moins il y a de résistance. »

Médecin généraliste, Jacques Birgé met en garde contre l’usage abusif des antibiotiques (Crédits photo : Jean-Marie MATHE pour le Groupe BLE Lorraine)

BLE Lorraine : La campagne de 2002 avec le slogan, « Les antibiotiques, c’est pas automatique », avait pourtant eu des résultats positifs.

JB : « Le slogan avait été efficace : il avait engendré une baisse de près de 20 % de la consommation d’antibiotiques en France. L’effet s’est rapidement estompé, les bonnes habitudes se sont perdues et la consommation est repartie à la hausse. Ce renversement de tendance est préoccupant. Avec plus de cent millions de boites remboursées chaque année, la France est le troisième pays consommateur d’antibiotiques en Europe derrière la Grèce et la Roumanie. Selon le ministère de la santé, 30 à 50 % des traitements antibiotiques sont inadaptés aux pathologies diagnostiquées. Les campagnes sont efficaces mais si elles ne sont pas régulières et les mauvaises habitudes reprennent le dessus. Une pédagogie est nécessaire : sensibiliser de façon intelligente, convaincre et insister sans faire peur. »

BLE Lorraine : 12 500 personnes meurent chaque année en France à cause de bactéries multi-résistantes.

JB : « Les bactéries n’ont pas de frontières. Mais, pour la France, cela représente presque quatre fois la mortalité routière et autant que le cancer du sein. C’est énorme. Pour diviser le nombre de morts par deux sur la route en vingt ans, il a fallu « mettre le paquet » : refaire de l’information en permanence, prendre des mesures incitatives et répressives. L’espoir de changement passera par les institutions et les politiques, même si ce n’est pas populaire et si cela heurte les habitudes des médecins. Dans un système libéral, être interventionniste et coercitif a du mal à passer. Il est plus facile de prescrire des antibiotiques qu’expliquer. Dans la lutte contre les maladies infectieuses, il n’y a pas que les médicaments mais aussi l’hygiène et la vaccination. »

BLE Lorraine : Vous militez également à Antibiolor, une association lorraine créée en 2003.

JB : « J’en suis le Vice-président depuis sa création. Il s’agit d’un réseau de soignants exerçant en établissements de soins ou en ville qui a pour objectif de promouvoir le meilleur usage des anti-infectieux en Lorraine et maintenant dans tout le Grand Est. Devenu AntibioEst, le réseau offre des formations aux médecins et fournit conseils et fiches pratiques sur le bon usage des antibiotiques. »

BLE Lorraine : Quel  pourrait être le rôle du patient pour limiter cette sur-prescription ?

JB : « On voit bien avec la campagne, « Les antibiotiques, c’est pas automatique », que les patients ont également une influence sur les prescriptions. Faire savoir au médecin que vous n’êtes pas venu chercher des antibiotiques mais un diagnostic et un traitement si nécessaire, que vous savez qu’une angine est souvent virale et que le test dont dispose gratuitement le médecin permet en moins de cinq minutes de ne prescrire des antibiotiques qu’aux 30 % des angines qui sont bactériennes, que brûlure en urinant n’est pas synonyme de cystite et qu’une simple bandelette urinaire permet de faire la part des chose, etc. Osez poser des questions : pourquoi vous ne me faites pas de test pour l’angine ? Pourquoi ne me proposez-vous pas de bandelette urinaire pour la cystite ? Et surtout, acceptez l’inacceptable : la majorité des infections virales guérissent toutes seules, et aucun antibiotique ne réduira la durée de la toux d’une bronchite qui traîne et qui vous empêche de dormir. Si les médecins et leurs patients (via également les pouvoirs publics) ne prennent pas rapidement conscience du drame qui se profile à court terme, ce sont nos enfants qui ne pourront plus bénéficier de ces médicaments fantastiques que sont les antibiotiques, qui ont permis depuis 70 ans qu’on ne meure plus de pneumonie ou d’infection urinaire. »

Jean-Marie MATHE, passionné de médias et correspondant local en Pays Boulageois, pour le Groupe BLE Lorraine.

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