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De la dénomination populaire des ébats sexuels en Lorraine

De la dénomination populaire des ébats sexuels en Lorraine

Naguère, lorsqu’ils procédaient à leur initiation sexuelle, à l’imitation de l’éducation prodiguée dès la maternelle dans le célèbre Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, les enfants prétendaient qu’ils « jouaient au docteur ». Ce qui en dit long sur la vertu et la réputation dans nos campagnes des disciples d’Hippocrate.

Ou encore, les drôles et les drôlesses prétextaient qu’ils « jouaient au papa et à la maman ». Ce qui en dit long, à l’instar de la « scène originelle » du bon père Freud, sur leurs occupations nocturnes et diurnes concernant la surveillance gourmande de la chambre parentale.

Les adultes, de leur côté, et pas seulement lors de la célébration de Noël, parlaient de « mettre le petit Jésus dans la crèche ». Certes, le petit Jésus est doté d’un teint agréablement rosé, mais n’est-ce pas pur péché véniel que de vouloir lui faire tenir le rôle d’un phallus turgescent ?

Dans les villages, on suggérait élégamment, sans doute par métaphore avec les stères de bois à mettre au chaud pour l’hiver, de « rentrer ça avant qu’il ne pleuve » ! D’abord, l’organe viril, s’il apprécie l’humidité propice, est peu sensible à l’ondée, en outre, aussi confortable et hospitalier soit-il, le sexe féminin n’occupe pas tout-à-fait l’espace d’une grange ou d’un grenier.

L’on pouvait aussi évoquer « le jeu de la bête à deux dos ». Il est bien connu que la langue rustique donne plutôt dans un naturalisme de bon aloi à la Zola, sans doute du fait de sa proximité (ou de sa pratique) avec les différents échantillons du bestiaire, et que loin de voir dans l’union charnelle de deux êtres un acte d’amour vanté par les platoniciens, les troubadours et les curés, elle l’assimilerait plutôt à un vulgaire coït. Ce qui est confirmé par ce commentaire traditionnel à l’égard de toute femme ne pouvant ou ne voulant pas faire d’enfants : « Ah, la sacrée tôrée, elle est encore plus con qu’une vache : elle n’est même pas foutue de faire un veau ! »

En Parler Lorrain, faire l’amour se dit « jouer à cocodoille ». La « cocodoille », c’était une balançoire. La métaphore, la langue populaire raffole des métaphores, se justifie sans doute du fait de l’identique mouvement de va et viens. A moins qu’elle ne s’explique, vu l’étroitesse des lits dans les temps anciens, par un risque de chute éventuel. Chute qui était d’ailleurs le lot de tous les pauvres mâles enamourés puisque leurs belles sur la couche allongées n’oubliaient jamais de leur susurrer tendrement à l’oreille : « Et surtout, tu n’oublies pas de sauter du train en marche ! »

Jean-Paul BOSMAHER, professeur de lettres à la retraite et écrivain pour le Groupe BLE Lorraine.

M. BOSMAHER est l’auteur de plusieurs ouvrages de références sur la Lorraine, dont notamment le Parler Lorrain paru en 2014 aux Editions du Quotidien.

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1 Commentaire

  1. André Touchet

    En patois lorrain, on était très prude. Ainsi, pour dire cuisse à Praye (54), on disait le haut des jambes et pour les seins, les quate-sous. Mais on pouvait être moins délicat en utilisant titâds comme dans la phrase : elle n’è-m’ des grôs titâds, l’âte-ète ! / elle n’a pas un gros pis, celle-là ! (en parlant d’une vache ou… d’une femme). Être enceinte dans le pays messin se disait ête groûsse (être grosse) ou plus imagé, cover eune malèdêye d’nieuf moins / couver une maladie de neuf mois. L’organe viril se disait lè kin.ne à Vry, mais le plus souvent on employait l’ohé / l’oiseau (voir contes de Fraimbois) ou lè quoûe / queue dans les Vosges. Pour les femmes, la marguerite. Pour l’acte sexuel, j’ai entendu une fois l’expression, viés vâ, lè Marie, que j’te romolleusse ! / viens voir que je t’aiguise !

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